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"There is plenty of room at the bottom." Enoncée
en 1959 par le physicien américain Richard Feynman (qui décrocha
un Prix Nobel en 1965), cette boutade prémonitoire signifiait que
logiquement rien – sinon l'absence d'outils adéquats –
n'empêcherait un jour les scientifiques de travailler directement
à l'échelle même des atomes. Et que ce jour
serait une révolution, car on sortirait ainsi de la physique
classique pour entrer dans un univers régi par les logiques singulières
des lois quantiques.
Depuis une dizaine d'années, le préfixe "nano"
caractérise les démarches qui – dans de nombreux domaines
– étudient et manipulent la matière à l'échelle
atomique.
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Vue par microscopie à
force atomique d'une membrane plasmique et de protéines. |
Les instruments adéquats
commencèrent à apparaître dans les années 80
avec l'invention, par des chercheurs de Zurich, d'une nouvelle famille
de microscopes 1 permettant tout à la fois d'observer et de manipuler
les atomes un à un. D'abord cantonnés aux laboratoires de
physique, ces outils se sont répandus dans d'autres disciplines.
Peu à peu s'est ainsi forgé, à partir de 1995, le
double concept des nanosciences et des nanotechnologies, en référence
au nanomètre. Cette unité de longueur équivaut à
un milliardième de mètre, à savoir l'intervalle
occupé par une dizaine d'atomes de taille moyenne.
Les nanotechnologies,
c'est l'ensemble des technologies manipulant tous objets de l'ordre du
nanomètre. Un nanomètre, c'est 0,000000001 mètre,
c'est-à-dire un milliardième de mètre. C'est environ
l'équivalent de vingt atomes d'hydrogène, mis côte
à côte, tandis que les molécules (assemblages d'atomes)
peuvent faire plusieurs nanomètres de longueur.
Ce sont les briques élémentaires
qui fabriquent toute la matière qui nous entoure et qui
se retrouvent librement dans la nature.
Les nanotechnologies, c'est fabriquer
de la matière un peu de la même façon que l'on fabrique
une maison avec des Legos. « En bref, explique Rogerio Lima, attaché
de recherche à l'Institut des matériaux industriels du Conseil
national de recherches Canada, les nanotechnologies, c'est contrôler
les propriétés de la matière à l'échelle
du nanomètre pour obtenir des matériaux ayant les propriétés
recherchées à notre échelle. » C'est de l'architecture
à l'échelle atomique et moléculaire.
De la théorie
à la pratique : une grande épopée
L'homme a trouvé en l'atome une partie de la solution à
son grand rêve : contrôler la matière qui l'entoure.
Cependant, Rome ne s'est pas construite en un jour ! Depuis le début
du 20e siècle, des milliers de scientifiques se sont dévoués
corps et âmes afin d'en tracer un portrait raisonnable."Grâce
à la mécanique quantique, nous parvenons
à comprendre comment se comporte la matière à ces
échelles".
Les scientifiques
ont découvert que les atomes peuvent se comporter comme
des
ondes et des particules à la fois. Très difficile
à conceptualiser car il n'y a aucune référence physique
d'un tel comportement à notre échelle de grandeur. De plus,
la mécanique quantique propose des solutions mathématiques
tellement complexes qu'il est difficile de les manipuler.
Par chance,
l'invention de l'ordinateur viendra tout changer au milieu de ce même
siècle.
L'ère « pré-nano » : la lumière au bout
du tunnel ! Le défi est cependant de taille ! Comment manipuler
ces minuscules briques dont les plus petites sont environ 500
000 fois plus petites que le diamètre d'un cheveu humain
moyen ? Sûrement pas avec une paire de pinces. Il nous faut des
outils à la fine pointe de la technologie pour manipuler les objets
nanométriques.
L'invention de la microscopie à
effet tunnel (ou STM, de l'anglais Scanning Tunelling Microscopy), durant
les années 80, a permis de sonder la matière à une
échelle comme jamais l'homme n'avait pu le faire auparavant. Grâce
à une fine aiguille de tungstène placée à
quelques nanomètres d'une surface, un courant (appelé «
courant tunnel ») est généré en appliquant
une tension entre la surface métallique à analyser et l'aiguille.
De cette façon, on peut sonder la topologie de surfaces à
des échelles aussi petites que le dixième de nanomètre.
Cependant, la grande
lumière menant au boulevard des nanotechnologies est apparue grâce
à l'initiative du Dr Eigler, à l'IBM Almaden Research Center.
Le STM cachait une capacité autre que celle de sonder les structures
nanométriques de la matière : déplacer des atomes.
En créant un vide quasi-parfait
dans l'enceinte hermétique du STM et en abaissant la température
de celle-ci à celle de l'hélium liquide (-270°C), il
a su utiliser la pointe de cette aiguille pour pousser des atomes de xénon
sur une surface métallique. Il a tellement bien su maîtriser
son expérience qu'il a réussi à inscrire les lettres
I-B-M en déplaçant ces atomes de xénon un à
un.
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Exemple d'une image STM représentant
l'exploit du Dr Eigler: Il a réussi à placer des atomes
de xénon un à un, afin de former les lettres "IBM" |
C'était la première
fois que l'on pouvait déplacer et placer des atomes individuels
comme bon nous semblait. Ceci venait prouver, hors de tout doute, qu'il
était possible de construire des objets nanométriques, atome
par atome.
Le premier jeu de Lego atomique
venait d'être inventé.
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